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La 21ème Conférence internationale sur le climat (COP21) vient de s’ouvrir à Paris. Son objectif principal est d’aboutir à un accord commun permettant de limiter le réchauffement climatique sur le long terme à 2 degrés Celsius maximum par rapport au climat de l’ère préindustrielle, ce qui implique concrètement de diviser les émissions de gaz à effet de serre par 3,5 d’ici à 2050. Après une période de stabilisation des émissions entre 1990 et 2005, la France a depuis enregistré une baisse de ces émissions qui va devoir s’accentuer dans les prochaines années pour atteindre l’objectif final.

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Trajectoire des émissions de gaz à effet de serre en France, en millions de tonnes équivalent CO2 (Source : Ministère de l’écologie)

L’organisation de cet évènement majeur à Paris est une opportunité de prise de conscience générale du sujet par les différentes parties prenantes (universitaires, entreprises, financiers, pouvoirs publics, …). Pour cela, la France s’est fixé des objectifs de progrès ambitieux avec la loi sur la transition énergétique promulguée cet été. Concrètement, ces objectifs sont déclinés dans la « stratégie nationale bas carbone » adoptée le 18 novembre en Conseil des ministres.

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Les efforts devront être consentis dans tous les secteurs d’activité : un défi majeur pour le bâtiment

L’effort devra être collectif et porté par tous les secteurs d’activité économique. Le secteur qui contribue aujourd’hui le plus aux rejets carbonés en France est celui des transports (28 %), devant le bâtiment (20 %), l’agriculture (19 %) et l’industrie (18 %). Tous ces secteurs vont être mis à contribution, mais de façon inégale. Les efforts les plus importants vont être réalisés dans le bâtiment (résidentiel et tertiaire), dont les émissions devront baisser d’au moins 87 % à l’horizon 2050.

Bâtiment à énergie positive (source NEC)

Seulement 1% du parc de bâtiments existants étant renouvelé chaque année, le facteur clé de succès se situe dans la rénovation de l’existant. Pour répondre à cet enjeu, le parc immobilier devra être entièrement rénové aux normes « bâtiment basse consommation » d’ici à 2050, et l’accent sera mis sur l’efficacité énergétique et la maîtrise des consommations énergétiques. Se développe également la notion de rénovation numérique pour rendre communicant les appareils électriques.

Par bâtiment intelligent, on entend aussi bien la maison communicante individuelle (Smart home) que le bâtiment à énergie positive (Smart building) qui regroupe l’habitat collectif et les bâtiments d’entreprise.

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Leviers pour accélérer l’évolution

De nombreux leviers d’actions peuvent être enclenchés afin d’atteindre les objectifs ambitieux de la loi de transition énergétique. On peut évoquer, parmi d’autres, le levier législatif pour améliorer la performance énergétique des bâtiments. Par exemple, la loi de transition énergétique souhaite imposer aux propriétaires des bâtiments privés résidentiels les plus énergivores (étiquette énergie F ou G) de réaliser des travaux de rénovation énergétique lors de gros travaux d’entretien d’ici 2025.

Il y a également un levier politique, avec des positions à prendre comme celle de lancer un « plan Marshall » des bâtiments publics ou bien un levier administratif pour simplifier et paralléliser les démarches, afin de réduire les délais pour les A0 publics et faire une véritable conception agile.

Développons davantage le levier technologique car l’innovation technologique est un formidable potentiel pour installer de l’intelligence dans les produits existants afin de rechercher de la simplicité pour l’utilisateur. Les technologies de l’habitat ont un fort potentiel pour fournir au client une gamme très riche de services d’éco-efficacité énergétique, allant du suivi des consommations à leur pilotage, en passant par la gestion et le pilotage de la production locale (voire du stockage).

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L’information des habitants par le suivi des consommations

Selon une étude de novembre 2015 publiée par l’Observatoire Promotelec du confort dans l’habitat, « 44 % des français estiment important de disposer d’un écran fixe ou mobile pour mieux connaître ses consommations ». Ainsi, la consommation énergétique des bâtiments doit être sous-comptée et affichée au plus près du lieu de vie permettant une information directe des occupants, usage par usage. Cela induit d’aller au-delà du déploiement du compteur électrique communicant Linky et d’y associer la généralisation d’un émetteur radio permettant de diffuser à l’intérieur du logement des informations en temps réel.

Cette dimension en aval du compteur doit permettre aux différents équipements de la maison, grâce à une standardisation des protocoles d’informer pleinement le consommateur et de l’aider à piloter sa consommation énergétique.

 

Pilotage et gestion de la consommation des équipements

Le pilotage de la plupart des équipements, en vue de réduire la consommation d’énergie ou de mieux la gérer est une nécessité. Son développement passe par une simplification d’utilisation des produits, plus sensibles à l’expérience utilisateur. Ainsi, avec un bouton de commande « Je sors/Je rentre », associé à des équipements communicants ou des prises intelligentes qui les pilotent, c’est l’ensemble des appareils de la maison qui peut s’adapter au fait que le logement soit vide ou occupé (voire que telle pièce est vide ou occupée) : chauffage, climatisation, volets, mais également veille des appareils multimédia et des appareils de cuisson (11% de la facture électrique des Français selon l’ADEME).

Le développement de ces équipements communicants pour la maison, secteur de prédilection des objets connectés, laisse entrevoir de forts potentiels en termes d’efficacité énergétique.

Les Français et leurs intentions en matière d’objets connectés, Observatoire des Objets Connectés, IFOP 2015

Tout l’enjeu derrière ces objets connectés est l’écosystème serviciel associé. L’objet n’est pas une fin en soi. Par exemple, un thermostat intelligent comme Nest, société rachetée par Google en 2014 doit être conçu pour être transparent et limiter le nombre de sollicitations avec l’utilisateur. Dans ce cas, l’utilité et l’intérêt de l’objet vient qu’il est oublié par l’utilisateur. Ce qui peut poser des difficultés pour le vendre et pour faire percevoir le bénéfice à l’utilisateur d’autant que généralement, les prix de ces produits ne sont généralement pas neutres pour l’instant.

Pour d’autres objets qui nécessitent une action de l’utilisateur, là encore l’élément déterminant est le logiciel qui va permettre la combinaison entre le capteur et l’action. Pouvoir associer les objets à des services pour une proposition de valeur qui fasse vraiment la différence auprès de l’utilisateur. La valeur se fait autour de l’algorithme et de l’analyse des données qui apporte de l’intelligence autour de la consommation car il est nécessaire d’interagir avec d’autres systèmes intelligents de la maison pour comprendre ce qu’il s’y passe et mieux conseiller le client.

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Services relatifs à la production locale d’énergie

Le pendant du suivi de consommation et de ses bénéfices en termes d’efficacité énergétique est le suivi de production et les alertes associées en cas de non fonctionnement optimum afin de maximiser la production d’énergie propre.

Un gisement important d’économies pourrait découler de la mise en place de technologies intelligentes permettant d’optimiser la consommation de certains usages en fonction des périodes de forte production aléatoire. L’utilisateur pourrait choisir de démarrer la charge d’un véhicule électrique ou de mettre en marche une machine, immédiatement ou bien autoriser le système à démarrer automatiquement en fonction de la production locale.

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L’innovation et l’expérience utilisateur à mettre en avant

La maison communicante s’appuie sur l’utilisation de la domotique et du multimédia au sein de l’habitat pour constituer un réseau domestique numérique intelligent. L’amélioration des technologies par l’innovation et la mise au point de solutions centralisées et simples d’utilisation vont se décliner d’ici quelques années et permettre de faire décoller ce marché émergent et proposer un gain significatif pour lutter contre le réchauffement climatique.

 
 

Jérôme DU BESSET

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