NOS PUBLICATIONS

Panneau Autopartage

Les 16 et 17 septembre dernier, la quatrième conférence CSA (Car Sharing Association) a réuni à Toronto environ 150 spécialistes de la mobilité urbaine, en tout premier lieu des opérateurs d’autopartage du monde entier.

Au cours de ces discussions autour de l’autopartage (car sharing en Amérique du Nord), il est apparu que derrière ce mot, se trouvait aujourd’hui une variété de propositions, que les non-spécialistes ont tendance à appréhender globalement, mais qui correspondent en réalité à des usages et des pratiques bien différentes. La plupart des experts présents, et notamment Mobility, l’un des tout premiers opérateurs d’autopartage lancé en Suisse, s’accordent ainsi sur quatre déclinaisons principales de l’autopartage pour le grand public, mais qui utilisent encore des terminologies variées.

Nous décrivons ici les principaux services de véhicules partagés pour le grand public, et en profitons pour proposer une terminologie pour faciliter et enrichir les discussions sur ce sujet.

 

L’autopartage en « boucle retour » (« return car sharing ») 

On l’appelle aussi « autopartage classique », puisqu’il correspond à la forme selon laquelle l’autopartage s’est développé à partir du début des années 80, à travers des opérateurs historiques comme Mobility, Greenwheels, Cambio, Zipcar ou encore Caisse Commune/Mobizen ou France Autopartage.

Les véhicules proposés par le service ZipCar sont pris et restitués par le client sur des stations réservées exclusivement au service.

Les véhicules proposés par le service ZipCar sont pris et restitués par le client sur des stations réservées exclusivement au service.

Ces services en boucle retour sont souvent facturés à travers une combinaison d’abonnement annuel ou mensuel, de coût horaire et de coût au kilomètre parcouru. Avec le temps, les opérateurs ont, en général, bâti une variété de tarifs pour répondre aux besoins des utilisateurs réguliers comme des clients occasionnels.

 

L’autopartage en « free-floating » (« free-floating car sharing »)

Ce mode d’autopartage, inventé par des chercheurs français de l’Inria, qui ont fondé ensuite la société VULOG pour développer et diffuser cette technologie, consiste à mettre à disposition des véhicules à l’intérieur d’une zone délimitée d’une agglomération (typiquement le centre urbain dense).

Repérage des véhicules disponibles du service Communauto déployé à Montréal via une application dédiée

Repérage des véhicules disponibles du service Communauto déployé à Montréal via une application dédiée

Les clients de ce service peuvent prendre un véhicule spontanément (tout au plus avec une réservation de 15-30 mn pour garantir la récupération d’un véhicule garé à distance) en le repérant sur l’application de l’opérateur depuis le web mais plus généralement sur smartphone. Les véhicules disponibles se trouvent garés sur des emplacements de parking de la ville, typiquement en voirie, pour lesquels une autorisation de parking aura été négociée entre l’opérateur et la ville.

Dans ce type de service, le client peut réaliser le trajet de son choix, y compris en général hors de la zone délimitée. La seule contrainte est qu’il ne pourra mettre fin à la location du véhicule qu’en le restituant à l’intérieur de la zone délimitée, sur une des places de parking autorisées.

C’est de là que vient le terme « free-floating » puisque la flotte de véhicules de l’opérateur reste présente à l’intérieur de la zone définie, mais à des emplacements sans cesse en reconfiguration. L’utilisation de ce type de service nécessite une bonne maîtrise du smartphone et une bonne capacité à se repérer dans la ville.

Ces services « free-floating » très largement déployés par Car2Go, la filiale de Daimler, ainsi que DriveNow, la filiale de BMW, sont généralement facturés à la minute, et sont majoritairement utilisés pour effectuer des allers simples, à l’issue desquels le client libère la voiture, et la rend disponible à un autre client du service, qui pourra à son tour utiliser ce véhicule pour un nouveau trajet.

 

L’autopartage « one-way » (« one-way car sharing »)

Ce type de service d’autopartage se distingue du précédent dans le sens où c’est un service construit sur un réseau de stations dédiées, et que la contrainte d’usage du service se situe dans l’obligation de prendre et de restituer les véhicules dans une de ces stations. Le terme « one-way » signifie en revanche que, contrairement à l’autopartage en « boucle retour », le client peut restituer son véhicule dans n’importe laquelle des stations du réseau, sous réserve qu’elle soit libre.

Ce type d’autopartage est peu répandu, puisque seule la société Bolloré l’a déployé, à travers le service Autolib’ en région parisienne, et récemment à travers BlueLy à Lyon.

Station dédiée au stationnement de véhicules Autolib’ sur Paris.

Cette variété de service, imposée notamment par la nécessité de rebrancher les véhicules électriques Bluecar de la société Bolloré à leurs bornes de recharge, génère des usages très proches de celui de l’autopartage en « free-floating », et est d’ailleurs facturé à la minute, en plus d’un abonnement mensuel ou annuel pour Autolib’ et BlueLy.

La création d’un réseau de stations dédiées que les parisiens et lyonnais n’auront pas manqué de remarquer, présente pour les clients les avantages supplémentaires de simplifier le repérage du véhicule au départ et aussi de permettre de réserver une station d’arrivée avant ou pendant son trajet, garantissant ainsi une arrivée rapide sans recherche de place de stationnement, ce qui est très appréciable, tout du moins, si les stations sont bien équilibrées… (Ceux qui pratiquent le Velib’ connaissent bien le cas des stations pleines ou vides, qui peuvent rapidement transformer un déplacement agréable en vrai calvaire). Nous aurons l’occasion de revenir sur ces limites du système Autolib’, et en général sur les contraintes complémentaires imposées par le véhicule électrique pour l’autopartage, dans un prochain article.

 

L’autopartage « entre particuliers » (« peer-to-peer car sharing ») 

Cette forme récente d’autopartage est la résultante du développement des réseaux sociaux et de la consommation collaborative. Toute une famille de nouveaux opérateurs d’autopartage entre particuliers a ainsi vu le jour ces deux dernières années. En France, on peut citer Buzzcar, Drivy, Livop, Deways, ou encore OuiCar.

Site BuzzCar

Page d’accueil du site de location de véhicule entre particuliers BUZZCAR

Le service proposé est en général assez proche de celui de l’autopartage « en boucle retour », à la différence que l’opérateur s’occupe simplement de mettre en relation le propriétaire d’un véhicule, n’en ayant en général qu’un usage limité, avec un particulier à la recherche d’une location de véhicule pour une durée limitée et à un tarif attractif, mais s’occupe aussi de fournir un cadre officiel à cette location, en particulier en ce qui concerne le sujet de l’assurance.

Cette prestation est en général rémunérée par une redevance ou une commission perçue sur chaque location, avec des prix en général basés sur les seuls coûts directs associés au véhicule, et donc des tarifs souvent très attractifs par rapport à ceux des loueurs ou opérateurs professionnels.

Cette forme de location est en général facturée sur la base d’une formule combinant le nombre d’heures, voire de journées de location et le kilométrage parcouru.

 

Ces définitions faites, il nous paraît important de noter avant tout que cette multiplication des services d’autopartage est le révélateur de l’entrée dans la phase de massification de ces services. En 10 ans, le nombre d’ « autopartageurs » dans le monde est ainsi passé de 160.000 à plus de 2 millions, et cette croissance s’accélère.

La question n’est plus désormais de savoir si l’autopartage a un intérêt, mais plutôt quel(s) service(s) d’autopartage me convient le mieux. Dans de nombreuses grandes villes du monde, les habitants peuvent ainsi avoir le choix entre 2, 3 ou 4 types ou opérateurs de services d’autopartage !

Ces différents types d’autopartage proposent des expériences très différentes et répondent également à des besoins différents. Ils s’avèrent être plus complémentaires que concurrents.

Ces offres de « voiture à la demande» associées à la location courte durée classique et au taxi permettent de fournir un accès à la voiture sous forme de services, capables de répondre à quasiment tous les besoins de déplacements en voiture des habitants des grandes villes. Cela constitue pour eux une réelle alternative à la voiture individuelle, tant d’un point de vue économique que d’un point de vue pratique.

Multimodalité, hors voiture particulière, dans les grandes agglomérations
(source : Inov360)

L’adoption plus large de ces services nécessitera néanmoins une transformation des usages, en voie d’accélération car les jeunes générations qui obtiennent leur permis de conduire sont de plus en plus informées de ces alternatives et y sont naturellement ouvertes car plus largement adeptes de la consommation collaborative.

L’autre enjeu se situe du côté des offres qui devront réussir d’une part à répondre à une demande croissante et exigeante, mais aussi réussir à trouver le point d’équilibre et le bon niveau d’intégration, sachant qu’elles viennent complexifier un bouquet de transport déjà bien étoffé.

C’est certainement dans ce domaine, à travers notamment leur politique d’allocation et de gestion de la voirie, de l’espace public et des infrastructures associées que les collectivités ont un rôle important à jouer pour redéfinir la place de la voiture en ville. D’où l’importance de bien comprendre et analyser ces nouveaux services et leurs impacts, à commencer par leurs caractéristiques.


Par : Vincent Pilloy

 

 

 

Pin It on Pinterest

Share This